Québec-Yukon : la traversée du pays en minivan

Québec-Yukon : la traversée du pays en minivan

L’heure de la Grande Traversée est enfin venue : relier Montréal à Whitehorse en minivan faisait partie de mon projet initial. Atteindre le lointain Yukon m’apparaissait comme étant le point d’orgue, l’apothéose de mon PVT. Une destination qui se mérite ! Car avant cela, il me fallait rouler pas loin de 6000 km. Je crois que je ne mesurais pas vraiment ce que cela représentait. Et en fait, peu m’importait ; l’essentiel était que je quitte Montréal et que je reparte sur la route. Cela m’a coûté – dans tous les sens du terme ! L’Oratoire Saint-Joseph de Montréal, où je travaillais à temps plein depuis avril, voulait que je reste tout l’été et même jusqu’à fin septembre, c’est-à-dire les seuls mois de l’année où l’on peut voyager sans greloter. Accepter cette offre sonnait donc ni plus ni moins la fin de mon road-trip, le terme de mon itinérance, le glas de mon voyage. Malgré mon gros attachement pour l’Oratoire et mon maigre compte en banque, l’appel de la route était plus fort.

L’année dernière, j’ai voyagé plusieurs mois toute seule au Québec et dans les Maritimes. Un road-trip en solitaire, j’ai donc déjà testé. Il y a de très bons côtés… et tout autant de moins bons. En revanche, je n’avais pas encore expérimenté un road-trip accompagné. Alors, quand mon âme sœur Luc, de France, m’a dit qu’il était partant pour se joindre à moi pour cette Grande Traversée, j’étais enchantée. Luc a donc pris son billet pour Winnipeg (Manitoba). Moi, j’ai commencé la Grande Traversée toute seule, au départ de Montréal ; j’avais dix jours devant moi pour atteindre Winnipeg par la route. Mais je n’avais absolument pas réalisé que ce segment Montréal-Winnipeg était déjà si grand : 2400 km !

Adieu Montréal !

Le temps de faire l’entretien de Jonathan (mon minivan) et de réaménager l’intérieur pour deux personnes, il est grand temps que je parte.

Comme pour tirer un trait final sur Montréal, mon beau voyage commence dans ses interminables bouchons. Le temps est splendide, le voyage reprend – et avec lui sa part d’inconnu qui ne m’inquiète plus : mon rodage est depuis longtemps terminé.

En roulant vers l’Ouest, je quitte rapidement le Québec et entre en Ontario. Deux heures plus tard, je contourne Ottawa et ses gratte-ciels. Je n’ai pas le temps de m’y arrêter mais la capitale du Canada a l’air bien joli sous ce ciel divinement bleu.

À la fin de la journée, comme à l’accoutumée, je choisis de me garer sur un parking d’église pour y passer la nuit. J’aime beaucoup ces spots, à vrai dire. Ils sont en général calmes et dormir là reste, à mon sens, relativement discret, d’autant que Jonathan n’a pas vraiment la tête d’un Westfalia, mais plutôt d’une simple Renault Espace. Qui se douterait que ça roupille à l’intérieur ? Ceci dit, combien de fois je me suis endormie sur un parking d’église désert et, au réveil, me suis retrouvée cernée de dizaines de bagnoles : la messe du dimanche matin !

Un petit détour le lendemain m’emmène au parc Algonquin que je tenais vraiment à visiter. Petite déconvenue en guise de bienvenue : le parc Algonquin est un parc provincial : le fameux pass gratuit des parcs canadiens (spécifique pour l’année 2017) ne s’applique pas ici, je dois payer l’entrée pour une seule journée : 17 $ !!!

Il y a pas mal de randonnées très agréables classées faciles ou modérées. Si vous êtes dans ce parc en automne, foncez faire le Lookout Trail. En à peine une heure de grimpette, vous surplomberez une immense étendue d’arbres qui promet d’offrir des couleurs spectaculaires en cette saison. Et en étant discret, une petite douche gratuite ni-vu-ni-connu au camping Mew Lake illuminera ensuite votre journée !

La traversée de l’Ontario : beau, chaud, travaux

Traverser l’Ontario, c’est un peu comme aller aux urgences : on sait quand on y entre, on n’a aucune idée de quand on va en sortir. C’est FOU comme cette province est immense. On a beau rouler, elle n’a pas de fin. Il faut dire que j’ai eu la (bonne ou mauvaise) idée de faire un « petit » détour le long de la baie géorgienne pour visiter Bracebridge et Parry Sound, qui m’éloignaient de mon trajet. « Mais non, ce n’est pas loin », m’étais-je dit comme toute bonne Française tentant d’appréhender les distances canadiennes.

Pour traverser l’Ontario, on a deux choix : passer par le Nord (route 11) ou le Sud (route 17). Dans un cas comme dans l’autre, ces « Transcanadiennes » ne sont finalement pas si « rapides » que ça. Elles correspondent en réalité à nos routes nationales françaises : limitées à 90 km/h, elles n’ont en général qu’une seule voie. Suffit que vous rouliez derrière un 38 tonnes peinant dans une côte et votre moyenne en prend un sacré coup. Ces routes traversent des bleds et ont même des feux tricolores !

Et puis au Canada, en résumé, il y a deux saisons : l’hiver, et la saison de la reconstruction. J’ai souvent entendu les gens râler à Montréal à propos des travaux l’été dans les rues de la ville, mais je crois bien que c’est tout le pays qui est en réparation. La route 17 que j’emprunte en Ontario est maculée de plots orange et de tractopelles. Impossible de rouler vingt kilomètres sans tomber sur des travaux. Et ce ne sont pas des petits chantiers ! La route se réduit à une voie : on est arrêté quinze minutes en plein cagnard (il fait plus de  30°C dehors), moteur éteint, le temps de laisser passer le flot de voitures venant en face. Et vingt kilomètres plus loin, rebelote. C’est à devenir dingue.

Sortie – temporairement – de ce merdier, je trouve que le soleil est encore haut vu l’heure tardive, mais je comprendrai bien après que j’ai franchi imperceptiblement un fuseau horaire et qu’il est une heure plus tôt !

Six jours que j’ai commencé la Grande Traversée… et je suis toujours en Ontario ! J’arrive à Kenora, une petite bourgade très agréablement fleurie, au bord d’un beau lac aux eaux bleues : une bouffée d’air frais dans cette chaleur accablante. Me voici tout près de la frontière avec le Manitoba.

Amis road-tripeux, attention ! Si vous êtes à Kenora en fin de journée, restez-y pour y passer la nuit. Le segment qui relie Kenora au Manitoba n’offre que très peu de possibilités de se garer « n’importe où ». Et si jamais vous franchissez la frontière et que vous pénétrez au Manitoba, vous voilà directement – et sans le savoir – dans un parc provincial, le Whiteshell Provincial Park ! Et qui dit parc dit… interdit de se garer n’importe où ! Les patrouilles de rangers veillent au grain, croyez-moi… Il faut donc aller dans un camping payant ou ressortir du parc, cinquante kilomètres plus loin ! Pas glop quand on est fatigué d’avoir roulé de nombreuses heures… Ceci dit, le parc offre un merveilleux lac propice à la baignade, le West Hawk Lake, qui me sert de douche – la première depuis un bon bout de temps.

En entrant au Manitoba, j’ai trois excellentes surprises : les routes sont enfin limitées à 110 km/h, le prix de l’essence est incroyablement bas (moins de 0.88 $ le litre !!) et, en poursuivant ma route vers Winnipeg, je franchis un panneau m’indiquant que je me trouve EXACTEMENT au MILIEU du Canada !

Bilan : Montréal-Winnipeg
Distance : 2400 km
Durée : 7 jours
Frais d’essence : 188 $
Frais de douche : 5,20 $ (dans une station-essence en Ontario, quelque part entre Alban et Wawa – oui, vous avez bien lu… « Wawa »… Oui, vous avez bien lu… 5,20 $ la douche…)

Trois provinces différentes, un même paysage

C’est le jour J ! Le jour où mon âme sœur, Luc, arrive à l’aéroport de Winnipeg ! Un petit bout de France qui s’invite dans mon quotidien canadien ! Après avoir galéré pour trouvé l’aéroport (il y a ZERO panneau indiquant la direction), j’ai un peu d’attente en salle d’arrivées… puis la petite tête de Luc apparaît en haut des escalators…

Luc est là pour un mois et demi et il est surtout venu pour visiter le Yukon. On décide donc de ne pas perdre trop de temps en chemin car, mine de rien, il reste de la route avant Whitehorse – pas moins de 3300 km : ce pays est complètement malade ! Petite étape bien agréable au Riding Mountain National Park – gratuit, celui-ci – où un grizzli nous fera l’honneur de nous accueillir.

En quittant le parc, c’est une route rectiligne qui nous attend. Il en sera ainsi sur des… centaines de kilomètres : nous voilà au cœur des Prairies, au cœur du Canada agricole. Les champs de colza défilent de part et d’autre. On dirait que la route a été tracée à la règle et à l’équerre. Une coupole de ciel bleu nous enveloppe à 360°. En fait, dans les Prairies, le moindre virage ou petite colline est prétexte à faire un parc national !! 🙂

Au beau milieu d’un champ de colza apparaît soudainement un panneau nous souhaitant la bienvenue en Saskatchewan. Nous quittons donc le Manitoba, mais le décor reste le même : des champs à gauche, des champs à droite, une route en face et un couvercle de ciel au-dessus. Et nous roulons ainsi des heures et des heures… Après Saskatoon, libération : la route 16 devient une deux-voies tout le temps… mais reste tout aussi plate. Un bon spot pour ceux qui voudraient peut-être se doucher : le tout petit camping Delfrari Victoria Park, situé à Maidstone. 12 $ l’emplacement, des douches chaudes moyennant 1 $, un joli étang à côté.

À Lloydminster, Luc et moi franchissons le panneau « Welcome to Alberta » le lendemain. On avance, petit à petit… Mais le décor est semblable : plaines, champs, meules de foin disséminées dans le décor, chevaux, vaches… À croire qu’en-dehors des Rocheuses, l’Alberta ressemble férocement à ses homologues Manitoba et Saskatchewan… Les bleds s’enchaînent, heureusement que nous sommes deux : le trajet dure depuis des jours et la monotonie du paysage – même beau – commence à peser. Valleyview, Grande Prairie, Demmitt… Nous entrons en Colombie-Britannique et atteignons Dawson Creek, le kilomètre 0 de l’Alaska Highway ! Enfin ! On n’est pas arrivé pour autant : Whitehorse est encore dans 1400 km… Ce pays est complètement malade !

Bilan : Winnipeg-Dawson Creek
Distance : 1880 km
Durée : 5 jours (parce qu’on fait la grasse matinée)
Frais d’essence : 150 $

L’Alaska Highway : le Canada dans toute sa splendeur

L’Alaska Highway, longue de près de 2500 km, relie Dawson Creek (Colombie-Britannique) à Fairbanks (Alaska) en passant par Whitehorse (Yukon). Le temps n’est vraiment pas au beau fixe : il pleut, il y a du brouillard, mais cela donne un côté lugubre et inquiétant qui n’est pas pour me déplaire. Au fil des kilomètres, c’est un étrange ressenti qui m’enveloppe : celui de pénétrer dans une contrée isolée, de m’enfoncer dans un bout du monde toujours plus reculé, toujours plus loin, toujours plus au nord… et combien de fois je me suis cru dans un documentaire de RMC Découvertes ou France 5, du type « Les Routes de l’Impossible », avec ces gigantesques camions lourdement chargés qui doublent au hasard et à grande vitesse, avec ces stations-essence complètement vintage et d’un autre âge… le tout dans un décor ouateux.

En quittant Fort Nelson, un panneau nous annonce la présence de bisons sur la route. En réalité, l’information est incomplète : sur à peine cinquante kilomètres, c’est un véritable bestiaire grandeur nature qui défile sous nos yeux : un ours d’abord, puis un renard de couleur noire ; un orignal, les quatre papattes dans un étang, plonge la tête dans l’eau pour trouver de quoi manger. Les fameux troupeaux de bisons annoncés broutent effectivement de part et d’autre de la route, par dizaines. Et pour couronner le tout, un lynx trottine le long du Muncho Lake avant de traverser devant notre voiture.

Et puis soudain se dessine au loin une forme étrange que je n’ose plus espérer. Oui, il s’agit bien de cela : notre journée s’achève devant le panneau de bienvenue « Yukon » et je suis submergée par l’émotion. La séance photo sous la pluie dure une bonne vingtaine de minutes. Mission accomplie… Un si long chemin depuis Montréal !

Bilan : Dawson Creek – frontière du Yukon
Distance : 950 km
Durée : 2 jours
Frais d’essence : 70 $

Mais ne nous attardons pas ! La route est encore longue jusqu’à Whitehorse, et Whitehorse est située dans le sud du Yukon ; autrement dit, de nombreux kilomètres nous attendent encore et encore pour explorer le nord du territoire… Bref, ce n’est pas fini ! Ça ne fait même que commencer ! Ce pays est complètement malade !

 

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